Au début, tout était simple. Il y avait Chérinette et Maman, les câlins, les joies, les peines, les colères naturelles d’un bébé qui découvre le monde.

Puis il y a eu la crèche, et avec ce nouvel univers, une découverte: les autres enfants ont des “papas”. Et ce fut la colère, la frustration, la douleur. Maman ne semblait plus suffire. “Papa?” au postier, au livreur, au conducteur du bus, au caissier, aux passants, aux amis… les cris, les larmes, et les coups de pieds à Maman, les morsures, les griffures. Les phases d’accalmie, et les périodes de crise. “Papa! Papa! Papa!” la nuit. “Papaaaaa” en larmes quand elle était punie. Elle finissait toujours par revenir se blottir contre Maman, son petit cœur tout triste, son petit corps tout tremblant. De ses 10 mois à ses 5 ans, ça a été terrible. Quand elle a eu 2 ans, j’ai engagé une procédure de recherche en paternité. Il fallait bien débloquer la situation.

Il y a eu cependant “Nanou”, le “Paparrain”, un parrain qui ressemblait bien à un papa, mais pas tout à fait prêt à prendre ce rôle-là. Nanou, c’était le refuge, la magie, la joie absolue, le complice, le camarade. Maman gronde, Nanou joue. Moi, en tant que Maman, ça m’allait comme ça. C’était un peu plus équilibré. Même si le temps des crises n’était pas encore révolu, ça aidait.

Un jour, Nanou et Maman ont décidé qu’ils s’aimaient. Et quand Maman en a eu assez de la région parisienne et a voulu déménager, Nanou a suivi le mouvement. On a acheté une maison avec un grand jardin, et “Nanou” est devenu “Papa-cœur”. Il y avait le “papa-graine”, absent, et il y avait ce “papa-cœur”, attentif et aimant depuis toujours. Les crises ont diminué de façon spectaculaire.

Maintenant, Papa et Maman sont mariés. Il y a la petite sœur, et Papa est à la fois son Papa-cœur et son Papa-graine, et il y a cette adoption qu’on aimerait pouvoir faire. Oui, Chérinette veut adopter légalement son Papa-cœur. Il y a cette recherche en paternité, qui traîne depuis 4 ans et demi. Quand elle sera finie, on fera l’adoption. Comme ça, tous ses papas auront une place dans son identité. C’est dur d’attendre. L’autre soir, quand on en parlait, elle et moi, dans le calme du coucher, elle m’a dit: “j’ai pas envie qu’il meurt, mais parfois, je me dis que ce serait plus simple si Papa-graine était mort. Je pourrais adopter Papa sans attendre. Et ça serait normal que Papa-graine ne soit pas dans ma vie, il aurait une bonne raison pour ça… j’aime pas penser ça, je trouve que ça me rend toute moche en dedans”.

Alors, ma Chérinette, mon petit soleil, voilà: non, tu n’es pas moche de l’intérieur, au contraire, tu es rayonnante. Tu es encore prête à aimer ce “Papa-graine” qui n’est pas là. Tu as encore le cœur ouvert à sa famille, tes grands-parents et ta tante paternelle. C’est la preuve s’il en est besoin de ton immense bonté d’âme, de ta grande générosité. Tu m’impressionnes, et je suis fière de toi. Voilà ce Maman a à te dire.

mars 24th, 2017 at 7:13  |  Réagir | Permalink

Avant, j’avais une vie sociale et culturelle, plein de copains, de potes, de connaissances, des sorties, des envies, des idées, des inviations…

Maintenant, j’ai un bébé. Et des dettes. Jai surtout des amis, des vrais, des sincères. Je ne sors plus, mais j’ai repris goût à la lecture, je ne suis plus invitée, mais j’ai plaisir à recevoir, … Le tri s’est fait tout seul, ceux qui sont resté quand j’allais mal, ceux-là tenaient à moi… les autres, et bien, ils n’étaient peut-être pas indispensable à nos vies.

Avant, je croyais avoir de gros soucis quand je ratais mon bus de nuit pour rentrer après une soirée, quand j’avais du retard pour mes devoirs, quand je me chamaillais avec une amie pour un gars…

Maintenant, je me fais du soucis quand je passe une nuit entière à l’hôpital à veiller sur mon bébé malade, quand le 15 du mois je n’ai plus de quoi emplir le frigo, quand je suis au bord des larmes en me couchant à cause du stress, de la fatigue, …

Avant, je me mettais en colère pour des retards de train, pour des politiques abérrantes, pour des propos insultants, pour tout, et pour rien…

Maintenant, je suis en colère contre la lâcheté, l’hypocrisie et le mensonge. Je me mets en colère aussi contre moi quand je suis à bout de nerfs et de fatigue et que je n’arrive plus à gérer les caprices de mon bébé qui me teste…

Avant, je me réjouissais d’un concert, d’une journée tranquille, d’une virée shopping…

Maintenant, je suis heureuse en voyant mon bébé faire ses premiers pas, en l’entendant mâchouiller ses premiers mots, en la voyant inventer mille et unes astuces pour se faire comprendre.

février 24th, 2012 at 10:38  |  Réagir | Permalink

Il y a tout ça, qui bouillonne au fond de moi, si terrible… tout ce maelström d’émotions contradictoires inextricablement liées…

Il y a eu la douleur, la peur, l’incompréhension le désarrois et la colère. Le sentiment d’être piégée. Le sentiment d’être trahie. Le sentiment d’être en dessous de tout. Le sentiment d’être souillée. L’impression d’être un monstre, une paria. L’envie de hurler. L’envie d’être entendue.

Puis, il y a eu la colère, la haine, la volonté d’être vengée. L’envie irrationnelle de voir souffrir ceux qui m’ont fait souffrir. L’envie que tout le monde sache, l’envie de les salir aux yeux du monde comme je me suis sentie salie par eux. L’envie de crier sur tous les toits leur lâcheté, leur médiocrité.

Puis, avec le temps, et un gros travail, est venu, plus ou moins, avec des gros retours en arrière encore, le temps de tendre la main. Après tout, s’il regrettait d’avoir abandonné sa fille, mon attitude ne lui permettrait pas de donner signe de vie… Mais la main tendue a été ignorée, évidemment. A quoi pouvais-je m’attendre d’autre?

Maintenant, il y a l’opiniâtreté. Ne pas lâcher, tenir. Rester sûre de moi. Parce que ma fille mérite que je me batte pour ses droits. Il y a encore la tristesse, parfois… tristesse d’avoir à ce point manqué de jugement critique, d’avoir accordé ma confiance à qui ne la méritait pas. Tristesse aussi de me dire que des êtres sont suffisamment égocentriques pour ne pas être touchés par la grâce de ma fille, par sa beauté, son sourire, sa joie de vivre.

Et puis je lui en veux de tout ce qu’il manque, des grosses angoisses comme des grandes joies… Je lui en veux de tout ce qu’il ne donne pas, son temps, son attention, son amour, sa famille, son nom, son identité, à cette enfant merveilleuse.
Je lui en veux chaque fois que sur skype ma fille fait des coucous à ma mère. Parce qu’elles ne se voient pas souvent. Parce qu’elle prend le temps, 10 minutes 3 fois par semaines, pour dire bonjour à sa petite fille, même si pour cela, elle a dû acheter une webcam, et lire plein de manuels d’installation très compliqués. Je lui en veux à lui de ne pas faire ces petits efforts faciles que les autres font pour Chérinette, pour SA fille à lui autant que la mienne.

janvier 11th, 2012 at 4:23  |  Réagir | Permalink


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