Après demain, j’assisterai à la crémation d’un vieux bougon. Il disait que tu étais son ami. Et tu l’as trahi, lui, en me trahissant, moi, avec elle. On aurait pu en rester là, lui et moi. Mais sous ses dehors bourrus, il avait un cœur grand comme ça. Il a ragé avec moi, contre vous deux. Il a écouté ma détresse, séché mes pleurs, et m’a offert un Snikers. J’ai jamais osé lui dire que je n’aimais pas ça… parce qu’au fond, celui-là, j’ai aimé. On prenait des nouvelles l’un de l’autre, de loin en loin. Et puis; il y a eu cette période un peu rude, où j’avais faim. Mère célibataire, d’un enfant souvent malade, c’est loin d’être une sinécure, vois-tu. Il était pauvre comme Job, mais, à ce moment-là, un peu moins pauvre que moi. Alors il m’a commandé des babioles, en cuir, en couture… lui qui travaillait bien mieux que moi ces matières! On ne parlait plus de toi, ni d’elle: on s’accrochait au présent, à gérer le moment, à essayer de prévoir le lendemain. On partageait des nouilles au beurre. Puis on s’est perdu de vue, on avait repris des distances, on prenait un peu des nouvelles, comme ça, de temps à autre… Il est mort chez lui. Tout seul avec ses chats. Je le sais depuis une dizaine de jours. J’ai un trou, là, dans la poitrine. Pas un bien gros trou… pas l’abysse qui m’engouffre quand je pense à ma mère. Non, juste un trou discret. A force, j’ai l’impression que mon cœur ressemble à du gruyère. Toi, je me dis que tu as depuis longtemps tourné cette page, que ce qui peut arriver aux personnes de ton passé, tu dois t’en ficher comme d’une guigne! Je trouve ça triste. Je suis à peu près certaine que vendredi, tu ne seras pas là. Qu’y viendrais-tu faire, d’ailleurs? Trop tard pour lui demander pardon, pour t’excuser.
J’irai dire un dernier au revoir à ce vieux renard, lui dire que le monde est un peu moins beau sans lui, que des gens comme lui, heureusement que j’en ai croisés dans ma vie! Que lui dirais-tu?




mai 10th, 2017 at 5:49


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